L’Interview : MJ Rahimi, le skateur de Téhéran

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MJ RAHIMI

Nous vous parlions du Seigneur des Dogtown à l’iranienne il y a quelques temps ici. Cette fois nous lui avons posé quelques questions pour vous. Il s’appelle Mohammad Javad Rahimi, et grâce à lui le skate devient un sport majeur en Iran. MJ et ses amis  sont des passionnés encore vierges de gloires médiatiques – pas de ceux dont la contre-culture s’est transformée en l’utra-mainstream d’aujourd’hui. Du vrai style dans la discipline, des sessions de skate passionnées, des compétitions en Iran mais également dans toute l’Asie. Un sport qui se développe dans un pays touché par une restriction sévère sur tous les produits culturels occidentaux – surtout américains – dû à un embargo international qui sévit depuis 30 ans. Et voici donc le régime des Mollahs soutenant l’essor du skate dans le pays, avec tout ce qu’incarne la discipline d’humain, d’indépendance, de contre-culture et d’antisystème incarné d’abord par les Z-Boys de Venice, en Californie. Inattendu. Interview du parrain du skate à Téhéran :

Persiennes :  quand avez-vous débuté le skate en Iran?

MJ Rahimi: En l’An 2000

Persiennes : Où le pratiquez-vous ?

Avant, je faisais du skate dans la rue, puis j’ai participé à la première compétition Asian Indoor Game en Thaïlande en 2005. Après cela, j’ai skaté sur le premier “skatepark” fabriqué entièrement à la main dans le complexe sportif à Enghelab (la place “Révolution” à Téhéran). Ensuite, en 2008, le premier skatepark a été construit par le gouvernement, et depuis je skate essentiellement là et dans d’autres bons spots de rue.

Persiennes : C’était difficile de skater dans les endroits publics?

Comme dans tous les pays du monde, c’est compliqué pour les skateurs d’être dans la rue.

Persiennes : Comment achetez-vous vos skates dans un contexte économique difficile, le pays étant sous embargo international depuis 30 ans?

Au début, je faisais du skate avec des planches “old school” puis j’ai acheté ma première planche à Téhéran dans un des rares magasins qui en vendait. Je leur ai proposé d’importer des skates de Chine, puisque comme vous savez, c’est très difficile d’importer des produits de l’Occident.

Persiennes : La difficulté de trouver des planches en Iran, est-ce la raison pour laquelle vous avez commencé à fabriquer des planches artisanales?

La principale raison pour laquelle je voulais fabriquer des skates c’était le prix du dollars, très élevé ces 5 dernières années. A cause de cette inflation, la plupart de mes amis ont abandonné le skate. J’avais envie de leur dire qu’ils pouvaient désormais faire du skate avec des planches fabriquées en Iran!

Persiennes : Vous faites des planches dans votre sous-sol, et devez faire face à une demande de plus en plus accrue. Comment les fabriquez-vous ?

C’est un process assez complexe, j’ai fait des recherches et j’ai découvert que dans le nord de l’Iran, nous avions beaucoup d’espèces d’arbres différentes. J’ai alors choisi des arbres dont le bois serait compatible et solide pour les planches. J’ai donné une forme spéciale aux planches, une touche de matière brillante et pressé les planches dans une machine spéciale pour qu’elles soient parfaites. Pardon, c’est un peu difficile à expliquer comme ça…

Persiennes : Le gouvernement est également en train de construire 6 autres skateparks dans le pays : à Ahvaz, Isfahan, Shiraz, Tabriz et même dans la ville sainte de Qom. Comment expliquez-vous ce soutien pour un sport plutôt alternatif?

Ce n’est pas parce que le pays est sous pression en ce moment que le gouvernement ne fait rien pour les gens. Ces skateparks sont tous des projets municipaux situés dans les très grands parcs du pays, pour la plupart d’entre eux et ce sont des parcs qui accueillent également d’autres terrains de jeux, pas que le skate.

Persiennes : que souhaitez-vous pour le skate demain ?

J’espère que l’été prochain, les iraniens pourront skater avec des planches made in Iran.

Merci MJ !