L’Interview : Anahita Ghabaian de La Silk Road Gallery de Téhéran

IMG_7036 2

Anahita Ghabaian Etehadieh

Nous avons discuté  avec Anahita Ghabaian Etehadieh qui vit à Téhéran. Elle a fondé en 2001 l’incontournable galerie d’art contemporain en Iran: la Silk Road Gallery. C’est notre interview inspirée et artistique, de Téhéran à Paris :

Persiennes : Bonjour Anahita ! quel est l’objet de votre galerie d’art crée à Téhéran en 2001 ?

Anahita Ghabian : lorsque en 2001 j’ai crée la Silk Road Gallery dans un contexte bien différent de celui d’aujourd’hui, nous étions très peu à vouloir exposer des artistes de l’Iran contemporain. Nous exposons depuis le début des photographes contemporains qui montrent leur vision actuelle de l’Iran à travers leurs oeuvres. Notre toute première exposition était celle de l’artiste cinéaste Abbas Kiarostami et ce fut un véritable succès. A la Silk Road nous choisissons de montrer des photographes différents et éclectiques : pour nous la photo artistique est un medium direct qui parle au spectateur de l’intimité « sociétale » iranienne. Différente, comme vous le savez de « l’extérieur » et ce qu’on donne à voir. Nous avons une sorte d’engagement dans le choix de nos photographes. En fait, nous ne voulons pas faire simplement de l’ultra-esthétique, même si bien sûr, cet esthétisme existe, nous souhaitons donner du sens à nos expositions.

Persiennes : quel était le dernier artiste que vous avez exposé ?

A.G : Mehdi Vosoughnia, un photographe qui a choisi de montrer l’effondrement de la mémoire collective en Iran. Il montre à travers ses clichés des espaces privés ou publics entièrement disparus et dont rien n’est venu remplacé. Ici, c’est la crainte de l’effacement de certaines villes iraniennes que nous avons voulu montrer.

artist-mehdi_vosoughnia-large_2

Mehdi Vosoughnia – Silk Road Gallery

Persiennes : récemment aussi, vous avez organisé une exposition spéciale « The Secrets of Eternity » dans le centre de Téhéran autour du grand poète perse Khayaam. Racontez-nous ce projet.

A.B : Oui, The Secrets Of Eternity était une volonté de se faire rencontrer l’histoire de l’Iran, son passé immense et l’Iran d’aujourd’hui avec des artistes contemporains qui ont interprété leur vision du poète classique iranien Omar Khayaam. Cette exposition a connu beaucoup de succès, même auprès de la presse officielle  iranienne qui en général ne couvre pas beaucoup nos événements. Ont participé à cette exposition des artistes, des réalisateurs, des illustrateurs comme Abbas Kiarostami, Farshid Mesqali, Pariyoush Ganji…

16_Khayyam in Art Gallery 1

Omar Khayaam – Silk Road Gallery

Persiennes : que montrez-vous de l’Iran d’aujourd’hui dans vos expositions ?

A.B : D’abord, nous avons une véritable volonté : celle de montrer et de révéler la société iranienne telle qu’elle est de nos jours. C’est à dire, dans sa dualité parfois complexe : la tradition et la modernité, les bouleversements et ses contrastes permanents. Nous voulons rapporter les petites infos de la société iranienne au quotidien.

Persiennes : que diriez-vous des liens entre Paris et Téhéran à la Silk Road Gallery ?

A.B : en réalité il y a des différences fondamentales selon moi entre Paris et Téhéran. Mais avec le temps qui passe, je me rends compte que j’appartiens profondément à ces deux villes. J’ai habité très longtemps à Paris, et je connais tous les codes culturels et esthétiques parisiens, de la même manière que je connais parfaitement ceux de Téhéran. Je réalise de plus en plus par exemple que je serai bien incapable de vivre ailleurs que dans ces deux villes : Los Angeles ou Londres ne sont pas faites pour moi par exemple. Je joue en permanence des codes français et iraniens,  et cela se ressent sûrement dans la galerie aussi.

Persiennes : Enfin, la Silk Road sera présente à Art Paris au Grand Palais le 31 mars prochain. Que pouvez-nous dire de cette exposition ?

A.B : eh bien à Art Paris nous montrerons l’Iran d’aujourd’hui avec un regard positif et à travers une sélection spéciale d’artistes reconnus comme Shadi Ghadirian, Newsha Tavakolian, Jalal Sepehr, Babak Kazemi, Ebrahim Noroozi, Bozorgmehr Hosseinpour, Tahmineh Monzavi et Hooman Mehdizadehjafari. Chacun de ces artistes nous transportera dans un monde et des temps différents. Ils parleront à travers leurs photos, sculptures et caricatures de l’Iran d’hier et d’aujourd’hui.

newspic_0195

Merci Anahita !

Voici une sélection de quelques artistes de la galerie que nous aimons particulièrement :

Retrouvez tous les artistes et futures expositions sur  le site de la Silk Road Gallery