Comment Behpooshi est devenue la première agence de mannequins en Iran. Interview.

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Sharif Razavi – Fondateur de Behpooshi

Oui, il existe une agence de mannequins en Iran et c’est Sharif Razavi qui l’a fondée il y a déjà 7 ans : c’est Behpooshi. L’agence est même partenaire de la Fashion Week Officielle de Téhéran. Curieux, on s’est entretenu avec Sharif. Entretien business de Téhéran à Paris :

Persiennes : Bonjour  Sharif  ! Comment, il y a 7 ans, avez-vous décidé d’ouvrir cette agence de mannequin ?

Sharif Razavi : Lorsque j’ai commencé, c’était très très difficile. C’était même presque dangereux car les agences de mannequins n’étaient pas du tout dans les moeurs à cette époque et surtout, aucune législation ne soutenait ce type de projet. Bien au contraire. Il était très mal vu d’avoir ce type d’activité. D’un point de vue juridique c’était le vide et presque tout mon entourage s’opposait à mon projet. Globalement, tout était contre nous. Mais j’ai persévéré en voyant le potentiel de ce marché de la mode, déjà en croissance. Avec une population iranienne aussi jeune, il y avait de véritables opportunités. Nous nous sommes donc accrochés, la mode a commencé à être encadrée juridiquement, nous nous sommes battus pour cela et nous avons démarré et grandi en Iran. Nous sommes contents que l’on parle de nous dans la presse internationale, à notre niveau c’est super !

Persiennes : Quelle était votre ambition quand vous avez créé Behpooshi ?

Sharif Razavi : Avant tout, je pensais à la jeunesse iranienne qui avait besoin de s’exprimer et de s’émanciper un peu à ce moment là. Pour moi, je leur offrais un nouveau terrain d’expression légale. C’est d’ailleurs en partie grâce à eux que ça a fonctionné. Ensuite, je me suis dit que Behpooshi pourrait être un acteur de l’industrie de la mode qui aiderait celle-ci à se développer, à développer la culture du pays et structurer son marché. C’est pour cela que Behpooshi n’est pas seulement une « agence de mannequins » mais bien un ambassadeur culturel dans la mode et la beauté iranienne. Behpooshi n’est pas juste basée sur l’apparence des modèles !

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Persiennes : Comment voyez-vous la mode en Iran dans 3 ans ?

Sharif Razavi: je pense que chaque année passée en Iran est un progrès dans la mode pour le pays. Avec la levée des sanctions prévues, les nombreux designers émergents, et l’intérêt des marques internationales pour l’Iran, ce sera de mieux en mieux.

Persiennes : Vous avez parlé de « révolution » dans la mode dans une interview au Guardian. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

Sharif Razavi : Il y a encore quelques années, la mode était considérée comme un outil de destruction de la culture islamique en Iran. Mais depuis que le Ministère de la Culture et de l’Orientation Islamique a adopté une loi spéciale pour les activités de l’industrie de la mode, cela a été une vraie révolution et c’est en ce sens que j’emploie ce terme. Tout doit être évidemment conforme aux autorisations légales mais il y a une vraie ouverture pour les acteurs de ce marché.

Persiennes : Comment recrutez-vous vos mannequins ?

Sharif Razavi : Nous ne faisons pas encore de publicité, alors la plupart des mannequins sont repérés lorsque je voyage dans tout le pays pour trouver les talents. La majorité des mannequins se trouvent dans des villes très éloignées et n’ont pas toujours les moyens de venir à Téhéran. Nous espérons qu’avec l’ouverture du pays à l’Occident, les entreprises nous aideront à développer notre réseau.

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DR

Persiennes : Quels sont vos futurs projets ?

Sharif Razavi : Je souhaite développer une méthode éducative pour les pays musulmans, à Behpooshi, nous conservons les règles morales tout en développant nos activités. Mode et religion ne sont donc pas incompatibles ! J’aimerais ouvrir d’autres bureaux dans de nouvelles villes en Iran, et je souhaiterais que les mannequins iraniens puissent collaborer avec des marques internationales mais ça, je ne sais pas encore si c’est possible. Mais c’est à suivre et nous avons de nombreux projets pour ces prochains mois !

 Merci beaucoup Sharif !

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