Flashback Cinéma : Close-up, et les petits arrangements avec la vérité

Dans un taxi, un journaliste raconte un fait divers, qui selon lui va devenir le plus gros scoop de sa carrière. Un homme (Hossein Sabzian) – qu’il s’apprête à arrêter avec l’aide de la police – a usurpé l’identité d’un metteur en scène célèbre (Mohsen Makhmalbaf) pour pénétrer l’intimité d’une famille iranienne bourgeoise. Si l’on suppose, à travers les yeux du journaliste une dimension criminelle ou d’extorsion de fonds, tout le film démontrera le contraire. A l’orée du documentaire et du film, mêlant images scénarisées à des prises de vues improvisées, Close-up nous dévoile les subtilités de l’être, de l’identité, comme du pardon.

La suspicion de l’escroquerie, prend vite le virage de la beauté poétique. De l’idée, qui pousse à devenir un autre, de la poésie, qui façonne une forme de mensonge. D’usurper la vie de quelqu’un, pour la beauté du geste. Pour oublier ses propres turpitudes, son propre quotidien. Et d’avoir besoin des autres, pour cela. C’est finalement tenir une existence qui n’aurait de crédit que dans la conviction qu’elle pourrait faire naître dans un public. Comme celle d’Hossein Sabzian, qui se révèle être auprès de cette famille à la fois dupe et complice de son mensonge un metteur en scène aguerri, bouillonnant d’idées. Et nous, spectateurs contemplatifs, saisis de la beauté de chaque séquence. D’une scène fascinante où nous regardons une bonbonne de gaz dévaler une pente, lascivement, métaphore du déclin de la situation du personnage principal, une chute vers la vérité.

La scène de fin, sublime. 

Au delà de cela, on ne peut s’empêcher de réfléchir aux rôles qui façonnent nos vies, à la façon dont on devient les acteurs d’une propre idée, d’un propre destin, quitte à s’arranger de la vérité pour exister. Somme-nous réellement « nous » ? Nous aussi. Avant la fin du film, la merveilleuse rencontre entre les « deux » Makhmalbaf le résume, « l’original » avoue être parfois fatigué d’être lui. Si Goffman nous expliquait dans sa théorie dans quelle mesure la vie n’était qu’un théâtre où chacun possédait un nombre infini de masques, d’identités, Abbas Kiarostami a fait du cinéma le plus exact parallèle moderne. C’était en 1990. Moteur, action…

 

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