Cinéma : Taxi de Jafar Panahi, Chef d’oeuvre clandestin.

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Taxi, Jafar Panahi

Téhéran. Une voiture. Un metteur en scène surdoué : Taxi. C’est le troisième film tourné clandestinement en Iran de Jafar Panahi, (après Pardé & Ceci n’est pas un filmélève du maître du cinéma iranien Abbas Kiarostami. Jafar Panahi a interdiction de voyager. Sa peine de prison proclamée en 2009 s’est transformée en assignation à résidence mais ses films eux, circulent librement. Taxi a été projeté le 6 février dernier au 65è Festival de Berlin, avec, une nouvelle fois, un fauteuil vide mais un esprit Panahi envoûtant.

Dans ce film, le réalisateur tient le rôle d’un chauffeur de taxi qui prendra tour à tour des clients de tous âges et de toutes appartenances sociales. Enfants, étudiants, vendeurs de DVD piratés, sa propre nièce, traditionalistes… Des iraniens hauts en couleur, dont le réalisateur saisit le fond de l’âme pour faire de son taxi un monde dans un monde. Mais le génie de Panahi est de ne pas faire un film – car c’est un grand film et pas seulement une transgression artistique –  dont le « réalisme sordide » ( selon les autorités iraniennes critiquant Le Cercle en 2001 ) serait le principal attribut. Non. Jafar Panahi offre d’abord « un dispositif esthétique » comme le dit Télérama. Des images puissantes, une lumière maîtrisée, une atmosphère en tension, des cadrages particuliers : résultat des caméras discrètes placées sur le tableau de bord pour un tournage clandestin.

Bien au-delà de la simple étude et du facile portrait sociologique, le réalisateur propose une critique profonde de la société, de ses moeurs et des autorités iraniennes sans jamais perdre son humour, sa légèreté et son esthétique. Taxi a déjà conquis la Berlinale. Une fois de plus, Panahi transcende le cinéma pour atteindre le grand Art.

Regardez cet extrait d’ Arte Info présentant le directeur de la Berlinale, sur quelques extraits du film – reportage de Virginie Apiou :