Art : Les maîtres de la peinture persane

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Notre contributeur Ben Mirza fait un point histoire de l’art perse pour nous :

Trois Rois de l’Esthétisme : il y a quelques temps, j’ai pris un livre dans une bibliothèque, publié par les éditions Batford de Londres en 1947. Un livre intitulé “Peintures Persanes”. A l’intérieur il y avait douze gravures en couleurs, d’une époque allant des Safavides aux Qajars. Pas un travail pour universitaires mais bien un livre pour le grand public. A ce moment là, j’ai été frappé par l’histoire d’amour entre l’Europe et l’Art Perse. Bien que cette histoire se soit quelque peu refroidie depuis la Révolution de 1979, le désir persiste dans les milieux académiques et artistiques. Au regard du récent réchauffement des relations internationales, nous assisterons probablement à un élargissement de cet amour aux masses d’Europe et du Monde.

De tous ces vieux maîtres, de tous ceux qui par leur perspicacité et leur créativité ont supplanté tous les autres, Mir Sayyid Ali, Kamaleddin Behzadand et Mihr ‘Ali, sont ceux sur lesquels nous allons nous pencher. Ce sont des talents distincts qui ont cimenter la Perse comme berceau et fer de lance de l’innovation artistique. De l’art dévot à l’art profane, ils ont placé l’art Perse sur le chemin d’une supériorité artistique éternelle.

Mir Sayyid Ali

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Commençons avec Mir Sayyid Ali, fils de Mir Musavir, peintre d’un roi puis d’un prince, Shah Tahmasp et ensuite son neveu Sultan Ibrahim Mirza. Il réussit ce que peu d’artistes réussirent avant lui, être reconnu comme meilleur artiste que son propre père. Comme beaucoup d’autres avant lui, Mir Sayyid Ali a concentré son effort en illustrant des histoires tirées du Shahnameh de Ferdowsi, de la poésie ou encore en travaillant sur le Coran. Ce type de peinture, nécessite une compréhension ingénieuse à la fois de l’art du dessin mais aussi de l’art de conter, tant la pyrotechnie verbale de certaines histoires est difficilement retranscriptible en une illustration. Mir Sayyid Ali s’est inscrit dans le style classique de son père, créant des peintures élancées et à la fois complexes pour accompagner le Shahnameh ou les poèmes de Nizami Ganjavi. Son talent attirait tant dans le monde profane que dans l’esthétique religieuse. L’ampleur de son travail, toujours teinté d’essences de spiritualité, et de la vie quotidienne est une fenêtre ouverte sur la vie en Perse au Moyen Age. L’art de la miniature est l’endroit où l’artiste s’est le plus exprimé, injectant sa personnalité dans chaque scène, irriguant par son imagination chaque détail.

Kamaleddin Behzadand

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Sa biographie ressemble à un conté de fée, un orphelin adopté par un peintre de la Cour en vue, Kamaleddin Behzadan devint le peintre le plus fameux du début de la dynastie des Safavides, menant l’art Perse vers une toute nouvelle direction. Behzadand a redéfini le style en injectant des scènes d’actions dans chaque création à la manière de Mir Sayyid Ali, il adopta de grandes mesures pour s’assurer que chaque personnage portraituré soit une oeuvre en soi. Kamaleddin aime à travailler une large palette de couleurs, faisant apparaitre une profusion et une vibration dans chaque peinture. Son utilisation de l’extreme détail, et de dégradés profonds est la même que celle de la peinture Baroque en Europe au 17 ème siècle. Kameleddin tissa également dans chacune de ses peintures des ficelles de sa spiritualité, on y retrouve de nombreux symboles du soufisme.

Mihr ‘Ali

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Des cendres de l’empire Sassanide s’élevèrent la dynastie Qadjar, et avec eux vint une nouvelle approche de la peinture. Au fur et à mesure que les échanges entre perses et européens augmentaient, l’échange culturel fit place à un début de fusion avec l’introduction de techniques comme la peinture à l’huile sur canevas. Mihr’Ali est l’un de ces artistes qui a commencé à utiliser uniquement cette technique, peignant pour le roi Qadjar Fath Ali Shah. ‘Ali est connu pour sa série de dix portraits du Roi, qui mélangea les deux styles de représentations humaines, européennes et perses. Alors que les Qajars cherchaient à consolider leur pouvoir et leur prestige, ‘Ali marqua la peinture par son art de la carnation, mêlé à un sens profond du symbolisme, pour atteindre le sentiment de force et de supériorité. Comme peintre il domina l’art du portrait réaliste, un art de son invention, physique et puissant.

Ce sont les trois peintres qui explorèrent l’Esthétique sous toutes ses représentations, jetant les bases d’un art Perse universel.